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| 75 Tableaux de Venise |
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| Le palais des Doges | La place Saint-Marc sous la pluie |
Mosaïque de la basilique Saint-Marc | Clocher latéral de la basilique Saint-Marc | Les Masques du Carnaval dans une vitrine | |||||
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| L’Auberge de Jeunesse | Construction adossée à une église | Façade de maison | Tête léonine | Un canal tranquille | |||||
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| Les "gondoles" express | Partie centrale d’une gondole | Angle d’un mur | Au-dessus d’une porte | La Venise quotidienne | |||||
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| Gallerie dell’Accademia | Primeurs sur un canal | Intérieur de la Basilique Saint-Marc | Le vaporetto, le bus de Venise | Vue depuis la chambre de l’Auberge de Jeunesse |
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Venise vue du ciel Image satellite
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La place Saint-Marc vue du ciel
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Ah! ne fuis plus Venise !
Venise désirée, quelle amoureuse tu dois être, pour te cacher ainsi
sous tes voiles de soie et de vapeur légère, pour mettre ainsi en
passion l’homme qui te poursuit. Tu le fais haleter d’impatience.
Tu irrites son envie jusqu’à la peur de ne plus te trouver. Es-tu
si sûre de tes caresses ? L’es-tu de combler l’ardeur que les
promesses de ta beauté enivrent ? et ne crains-tu pas de
décevoir une si longue attente ?
André Suarès - Voyage du Condottière - Entrée à Venise
Je suis arrivé à la gare Santa-Lucia et de là j’ai pris un vaporetto direct pour l’Auberge de Jeunesse.
Il est parfois difficile de ressentir une émotion au milieu des très nombreux touristes qui viennent récolter des souvenirs numériques.
Pénétrer dans les musées aux heures creuses. Se perdre dans les petites rues ignorées est peut-être ce qu’on peut faire de mieux.
Après Venise, je prends un train direct pour Zagreb où je passe la nuit à l’hôtel Omlandinski assez sordide mais qui a ses dortoirs à 200 m. de la gare. Le lendemain matin je prends le train pour Sarajevo.
Histoire
Naissance d’un empire
Sur quelques îlots marécageux, dépourvus de marbre, de pierre et même de bois, s’est édifiée au fil des siècles «la plus belle des villes du monde». Les Vénètes chassés de la terre ferme par les Huns et autres envahisseurs trouvèrent refuge sur ces médiocres îlots.
La Cité de Saint-Marc
Au IXe s. les petites cités de la lagune, sous
dépendance de Byzance, sont la proie du carolingien Pépin le Bref.
Le Duc, maître de la région et nommé par Constantinople, décide en
812 de s’installer sur l’île de Rialto (Rivo Alto) moins exposée.
Plus tard son successeur y élève la première basilique. Il s’agit
d’abriter les reliques de saint Marc que deux marins vénitiens
viennent de ramener d’Alexandrie, dissimulées dans une carcasse de
porc salé pour éviter une fouille des musulmans ! Le lion de
l’évangéliste devient le symbole de la ville, emblème qui flotte
durant plusieurs siècles d’un bout à l’autre de la Méditerranée et
même au-delà.
Une Puissance
maritime
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L’unique atout de Venise - qu’elle exploite d’ailleurs avec une prodigieuse habileté - est sa situation géographique, à la frontière de l’Europe occidentale et de l’Europe orientale. Protégée de ses voisins par la lagune, elle est trop éloignée de Constantinople pour que sa dépendance envers l’empire byzantin soit vraiment contraignante. Très vite, aux alentours de l’an mil, Venise acquiert une indépendance de fait, puis la défend victorieusement contre une impressionnante série d’ennemis : Normands, Padouans, Pisans, Allemands et troupes pontificales.
Venise est consciente qu’à moyen terme, une extension vers la terre ferme est promise à l’échec en raison de la multitude de puissances rivales. Elle se tourne donc délibérément vers la mer. En quelques siècles, la cité des Doges va devenir la plaque tournante des échanges internationaux de l’époque.
En 1204 les chefs de la IVe croisade s’adressent à Venise, seule cité à disposer d’une flotte suffisante pour conduire leurs troupes en Terre sainte. Le doge Enrico Dandolo, à la ruse proverbiale, accepte, mais ses clients sont incapables de régler le prix du voyage : ils se fait donc payer en nature. Dandolo fait débarquer les croisés sur la côte dalmate, en vue de mater la ville de Zara, l’actuelle Zadar, en rébellion contre l’autorité vénitienne. Puis il les reprend à son bord et les détourne sur Constantinople. Au lieu de s’attaquer à Jérusalem, les croisés mettent la capitale de l’Empire byzantin à feu et à sang. Les Vénitiens s’approprient alors un énorme butin : des trésors inestimables, parmi lesquels les quatre chevaux de Saint Marc et surtout de nombreux territoires et forteresses disséminés dans tout le bassin méditerranéen. L’Empire vénitien est né : il ne cessera de s’étendre juqu’au XVe s.
Une république
conservatrice

Dotée d’un régime aussi stable qu’efficace (C’est le doge qui à partir 697 dirige la cité, mais en fait Venise est une république oligarchique où la réalité des pouvoirs réside en fait dans les conseils), toujours plus riche des revenus du commerce, Venise devient l’une des villes les plus florissantes du Moyen-Âge. Peu à peu les demeures en bois sont remplacées par des bâtiments en pierre et les pieux sur lesquels reposent les églises ne sont plus disposés seulement sous les murs, mais sous toute la surface que doit occuper l’édifice, qui devient aussi solide que s’il reposait sur la terre ferme. Il faut aller jusqu’aux Alpes pour trouver le bois nécessaire.
Venise médiévale : une cité
florissante 
En cette fin de Moyen-Âge, Venise suscite l’admiration des visiteurs avec la place Saint-Marc et la multitude de palais et d’églises, rénovés sans cesse en adoptant un style gothique, toujours plus élancé et gracieux. Les familles patriciennes édifient de somptueuses résidences au bord du grand canal qui rivalisent de beauté avec le palais ducal élevé par les doges à la même époque.
Moins prompte à suivre les modes, la peinture s’émancipe lentement de l’esthétique byzantine en vigueur à Venise — telle la basilique Saint-Marc, qui se référait à Sainte-Sophie de Constantinople.
Apogée et
déclin 
La transition du Moyen-Âge aux temps modernes est marquée par deux phénomènes complémentaires : les grandes découvertes et la Renaissance. La patrie de Marco Polo souffre des conséquences de la première tout en participant activement à la seconde. De fait Venise n’a jamais été aussi brillante qu’à la fin du XVe s. Elle devient une grande puissance continentale avec laquelle doivent traiter les États pontificaux, le duché de Milan, la France de Charles VII puis celle de Louis XI.
Pourtant, son déclin s’amorce déjà : en 1453, Constantinople tombe aux mains des Ottomans. Cet événement sonne pour la ville comme un signe avant-coureur, car la chasse gardée vénitienne en Méditerranée orientale est menacée par un adversaire redoutable : le Turc. En 1498 Venise perd son monopole sur l’importation des produits orientaux en Occident — le jour où le portugais Vasco de Gama atteint la côte indienne après avoir doublé le cap de Bonne Espérance.
La Renaissance
vénitienne 
Paradoxalement, Venise connaît sa plus grande
explosion artistique au moment où sa puissance commerciale commence
à vaciller grâce à de nombreux peintres de talents.
Citons quelques peintres : Antonion
Vivarini de Murano (v1415-1480), Jacopo
Bellini (v1400-1470) et son fils Gentile Bellini (1429-1507) qui rompent avec
l’élégance gothique pour s’intéresser à l’étude de la perspective.
Portraitiste renommé, Gentile peint les
doges et même le sultan Mehmet II, tombeur de
Constantinople. Il décrit la vie quotidienne de sa cité dans
de vaste tableaux qui constituent de véritables chroniques en
images. Par ses scènes pittoresques il est le précurseur d’un genre
pictural que suit Victore Carpaccio
(v1460-1525) et qui connaît une faveur continue jusq’au
XIIIe s. Avec le frère de Gentile, Venise trouve un
artiste de la trempe des meilleurs peintres florentins :
Giovanni Bellini (v1430-1516) est le
véritable fondateur de l’école vénitienne. Il sait unir les apports
de son père Jacopo et de son beau-frère Mantengna, les formes florentines et les techniques
flamandes. Son oeuvre comporte aussi bien de délicates allégories
que des christs morts ou de grandes compositions réunissant des
saints autour de la Vierge. Il peint surtout de douces madones qui
s’intègrent parfaitement à des paysages baignant dans une lumière
dorée. Aucun Vénitien n’exercera une influence comparable à la
sienne : Dürer vient travailler
près de lui, Giorgione ou Titien lui doivent beaucoup.
Le beau XVIe
s. 
Voici venu le temps des déboires militaires et des
guerres incessantes contre les Turcs. Ces dernier sortent toujours
victorieux des conflits, sauf à la bataille de
Lépante en 1571. Venise n’occupe plus le devant de la scène
européenne et s’engage résolument sur la pente du déclin. Elle
donne le change avec des fêtes fastueuses. A l’aventure les
vénitiens préfèrent désormais les plaisirs et les arts, qui
connaissent alors leur plus belle expression, magnifiés par des
architectes ou les peintres Titien
(v1488-1576), le Tintoret (1518-1594),
Véronèse (1528-1588) sans parler de
Jacopo Bassano (v1510/1518 - 1592). La
ville elle-même n’a jamais été aussi splendide : la place
Saint-Marc, débarrassée de ses entrepôts, prend son allure
définitive tandis que le Rialto, centre de la vie industrielle et
commerçante établi autour du nouveau pont en pierre (1592),
s’embellit sans cesse. Partout de nouveaux palais se dressent,
grignotant peu à peu les rares espaces verts dont disposait encore
la ville au Moyen-Âge. Signe des temps, le cheval n’est plus le
principal moyen de transport : les nobles ou les riches
commerçants préfèrent utiliser la gondole.
Venise, héritière de la culture byzantine au lendemain de la chute
de Constantinople, n’est plus seulement la capitale des plaisirs.
Elle devient également au XVIe s. un centre intellectuel
éminent.
Les derniers
feux 
Trois siècles s’écoulent entre la fin du monopole commercial de Venise en Orient (1497) et la perte de son indépendance (1797). La cité décline avant de mourir en beauté... Elle s’affaiblit au XVIIe s. victime de dramatiques épidémies de peste et de crises économiques répétées qui frappent de plein fouet le commerce. Par ailleurs malgré une résistance acharnée, son empire s’effrite devant la pression des Ottomans. A l’intérieur la situation n’est guère plus brillante : beaucoup réclament des réformes que le Conseil des Dix s’acharne à refuser.
L’étourdissant XVIIIe
s. 
Venise devient pour l’Europe synonyme de divertissements, de plaisirs et de jeux. Masqués pendant six mois sur douze, les Vénitiens jouissent d’une extrême liberté de moeurs.
L’ultime floraison
artistique 
L’art brille de ses derniers feux. Il suffit de citer quelques noms, ceux du musicien Antonio Vivaldi (1678-1741), de l’architecte Baldassare Longhena (1597-1682) ou de l’auteur comique Carlo Goldoni (1707-1793) pour s’apercevoir que l’ensemble des genres artistiques connaît au XVIIIe s. son plus bel apogée. Venise aligne alors dans la peinture des noms aussi prestigieux que ceux des paysagistes Canaletto (1697-1768) et Guardi (1712-1793), le peintre de genre Pietro Longhi (1702-1785) et le merveilleux fresquiste Giambattista Tiepolo (1696-1770). Ce dernier s’approprie l’héritage de Véronèse (1528-1588).
L’annexion
napoléonienne 
Napoléon Bonaparte porte négligemment le coup de
grâce à la Sérénissime. En 1797, après ses victoires fulgurantes
dans la plaine du Pô, il est selon ses propres termes «L’Attila de
l’État Vénitien» qu’il donne à l’Autriche avant de l’annexer à
l’Empire en 1805.
Après l’ultime sursaut de 1848, lorsque Venise redevient
indépendante et républicaine pour un an, avant d’être brutalement
réprimée, la cité joint son sort par plébiscite en 1866 à celui de
l’Italie.
Venise au XXe
s.
Reliée à la terre ferme par un pont ferroviaire (1842) puis routier (1932), Venise tente au XXe s. de se moderniser, d’encourager ses activités portuaires et de dynamiser une vie culturelle éteinte en créant des manifestations d’envergure internationale, comme la Biennale d’Art (1895). Épargnée par les deux guerres mondiales, la cité développe alors le tourisme, notamment les ressources balnéaires du Lido. Elle rencontre de nombreuses difficultés, et des menaces planent sur son existence à cause de la pollution et du trafic intense dans les canaux.
Venise
aujourd’hui 
De nos jours, Venise est le centre d’une grande
conurbation regroupant la cité historique, les îles de la lagune et
les faubourgs de la terre ferme : la ville-dortoir de Mestre
et la zone portuaire de Marghera.
Avec le soutien de l’UNESCO, Venise est en perpétuelle
restauration. Venise s’enfonce aussi progressivement et l’élévation
générale du niveau des mers rend les «hautes eaux» de plus en plus
fréquentes et de plus en plus dévastatrices. À chaque alerte on
dispose des estrades qui permettent de traverser la place
Saint-Marc à pied sec.
Venise vidée de ses habitants est aussi en passe de devenir une
ville-musée avec l’exode des jeunes. Sur les 1 460 000
habitants que compte la Vénétie 30 000 vivent dans les
différentes îles de la lagune et 72 000 dans la cité des Doges
(176 000 au début des années 50).
Vue satellite interactive de Venise
De nombreux commentaires utilisés dans ces pages sont inspirés du guide de Venise des excellents Guides Bleus Évasions.